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Taxer les successions à 50 % : une fausse bonne idée pour l’économie suisse

Taxer lourdement les successions peut sembler équitable sur le plan moral, mais l’enjeu réel se situe ailleurs que dans la simple redistribution. Dans une économie ouverte comme la Suisse, une fiscalité confiscatoire fragilise l’investissement, pousse les capitaux à partir et réduit la création de valeur locale. Lorsqu’elle devient punitive, la fiscalité successorale ne corrige pas les inégalités : elle affaiblit durablement le tissu économique et patrimonial.
Emma Bouquet
écrit par 
Emma Bouquet
5.3.2026
Actualités
Taxer les successions à 50 % : une fausse bonne idée pour l’économie suisse

Introduction

En novembre 2025, la Suisse a largement refusé l’introduction d’un impôt de 50 % sur les successions supérieures à 50 millions de francs. Le résultat a été sans appel : près de 80 % des votants ont rejeté cette initiative.

Ce vote a suscité de nombreuses discussions, non seulement sur la fiscalité, mais aussi sur des questions plus profondes :

Que possède-t-on réellement au cours d’une vie ? Est-il légitime d’hériter d’un patrimoine sans avoir travaillé pour l’obtenir ?

Chez Inved, nous avons pris le temps d’analyser ce débat sous un angle économique, patrimonial et systémique, au-delà des positions idéologiques.

Héritage et propriété : une réflexion plus philosophique qu’il n’y paraît

Si l’on prend du recul, la notion de propriété est relative.

À l’échelle d’une vie humaine, tout ce qui est acquis, immobilier, actions, entreprises, est temporaire. Très peu de personnes connaissent même le nom de leurs arrière-grands-parents.

Dans cette logique, on pourrait défendre une vision radicale : rien ne nous appartient réellement, donc tout pourrait être redistribué à la collectivité au moment du décès.

Sur le papier, cette idée peut sembler équitable. Elle remettrait tout le monde à égalité à chaque génération.

Mais cette approche pose une question essentielle : un tel système peut-il fonctionner dans la réalité ?

Pourquoi un impôt élevé sur les successions ne fonctionne pas

L’histoire économique montre une constante : le capital est mobile. Lorsqu’un impôt devient confiscatoire, les grandes fortunes quittent simplement le territoire concerné.

Le résultat est contre-productif :

  • les recettes fiscales diminuent
  • la valeur économique créée localement disparaît
  • la charge fiscale est reportée sur les autres contribuables

C’est précisément ce que la Suisse a anticipé en refusant cet impôt. Un impôt de 50 % sur les successions n’aurait pas touché “les riches” au sens abstrait, mais aurait affaibli l’ensemble du tissu économique.

L’illusion d’une meilleure redistribution

Un autre argument avancé en faveur de cet impôt est la redistribution des richesses. Mais en pratique, l’argent capté ne revient pas directement à la population.

Deux scénarios sont possibles :

  • soit l’État perd de l’argent parce que les capitaux partent
  • soit l’État encaisse davantage… et devient plus gros, sans nécessairement devenir plus efficient

Dans les deux cas, la redistribution réelle reste limitée. L’histoire montre qu’un acteur, public ou privé, qui reçoit de l’argent sans contrepartie productive tend à perdre en efficacité.

Hériter n’est pas créer

Un point central du débat concerne la méritocratie. Une personne qui hérite d’un capital important n’a, par définition, pas pris les risques qui ont permis de le créer.

Or, une différence majeure existe entre :

  • un capital généré, qui est généralement réinvesti, développé, mis au travail
  • un capital hérité, souvent conservé ou utilisé de manière plus prudente

Un franc généré par l’activité économique crée plus de valeur collective qu’un franc reçu passivement. C’est une réalité observable, notamment dans l’entrepreneuriat et l’immobilier.

Une alternative théorique… mais irréaliste

Si l’on voulait pousser la logique jusqu’au bout, une seule approche serait réellement cohérente :

  • aucun impôt pendant la vie active
  • un impôt de 100 % au moment du décès, redistribué au marché

Dans ce scénario, chacun pourrait créer, investir, entreprendre librement. Les actifs seraient ensuite remis en circulation à la fin de la vie économique.

Mais ce modèle est totalement utopique :

  • il nécessiterait une application mondiale
  • il impliquerait une refonte complète du rôle de l’État
  • il supposerait une liberté économique totale, incompatible avec nos systèmes actuels

Aussi séduisant soit-il intellectuellement, il est impossible à mettre en œuvre aujourd’hui.

Le vrai problème des systèmes hybrides

Le danger réside dans les systèmes intermédiaires, comme celui proposé par l’initiative rejetée.

Un système qui :

  • impose fortement pendant la vie active
  • impose lourdement au moment de la transmission

C’est précisément ce modèle qui a fragilisé des pays comme la France :

  • fuite des capitaux
  • ralentissement de l’investissement
  • État hypertrophié et endetté

La Suisse, à l’inverse, a toujours privilégié la stabilité et la prévisibilité, deux piliers essentiels pour l’investissement immobilier et entrepreneurial.

Quel impact sur l’immobilier et le patrimoine ?

Dans l’immobilier, les effets auraient été immédiats :

  • accélération des ventes avant transmission
  • désinvestissement des grandes fortunes
  • baisse de l’attractivité du territoire

Or, l’immobilier est un actif local par excellence. Fragiliser la transmission du patrimoine, c’est fragiliser l’entretien, la rénovation et la stabilité du parc immobilier suisse.

Conclusion

Taxer lourdement les successions peut sembler juste sur le plan moral. Mais sur le plan économique et patrimonial, c’est une erreur de calcul.

La Suisse a fait le choix de la cohérence :

  • encourager la création de valeur
  • maintenir un cadre fiscal stable
  • éviter les mesures symboliques aux effets négatifs

Chez Inved, nous sommes convaincus qu’un patrimoine se gère sur le long terme, dans un environnement prévisible.

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